Sarah Marshall : « J’ai eu le temps de dire au revoir à ma grand-mère »

Fille de Mike Marshall, l’unique fils de Michèle Morgan, Sarah Marshall a toujours eu un lien très fort avec sa grand-mère. En décembre dernier, à la mort de la légende du cinéma français, la jeune femme a dû faire face à la disparition d’un des piliers de sa vie. Dix mois plus tard, présente au Casa Fashion Show, Sarah a accepté de répondre aux questions de Paris Match. Un entretien à fleur de peau.

Paris Match. C’est une première pour vous, Casablanca ?
Sarah Marshall. En effet, c’est la première fois que je viens à Casablanca. L’Afrique est le berceau de la mode. C’est cela qui m’a attiré dans ce Casa Fashion Show. Mais au-delà de cet événement, je suis une folle d’architecture, alors j’ai voulu aussi découvrir la ville, des lieux comme la grande Mosquée Hassan II. 
En me promenant dans les rues, j’ai pu voir à quel point la population marocaine est respectueuse et chaleureuse. Ca m’a fait du bien. Alors je suis allée me recueillir. Je me suis sentie bien.

Vous êtes aussi ici car vous êtes une amoureuse de la mode ?
Yves Saint Laurent disait une très jolie phrase : «Une femme n’est jamais mieux habillée que par les bras d’un homme, pour les autres je suis là». Vous comprendrez donc ma nécessité à m’habiller! (Rires) Heureusement qu’il y a la mode! Mon goût pour les vêtements me vient de ma grand-mère, qui était toujours bien habillée, bien coiffée. Je tiens cela d’elle. Sa meilleure amie était sa costumière, elles étaient inséparables. Du coup, même tout bébé, j’étais déjà dans l’univers des grands couturiers. Alors j’ai développé un goût affiné pour la mode. Pulls, manteaux, robes… Je savais ce que j’aimais ou non. En même temps, j’avais un petit côté garçon manqué, quand je montais aux arbres, en jupe et baskets, que n’aimait pas ma grand-mère. 




Sarah Marshall à Casablanca pose en robe Christophe Guillarmé. © DR / Christophe Guillarmé

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« Elle nous a laissé, à moi et ma famille, un exemple unique »

On vous retrouve ici, à Casablanca, un peu moins d’un an après la mort de Michèle Morgan, votre grand-mère. Depuis sa disparition en décembre 2016, vous n’étiez plus apparue dans les médias. Que vous est-il arrivé durant ces derniers mois ?
Il y a des moments dans la vie où on doit travailler et d’autres, où on doit s’occuper des siens. Tout être humain digne de ce nom sait de quoi je parle. Notre grand-mère était une star, mais elle s’est occupée de sa maman jusqu’à son dernier jour, tout comme elle s’est occupée de ses petits-enfants. Il était donc normal de nous occuper d’elle en retour et de prendre le temps, mes six frères et soeurs et moi, de lui dire au revoir.

C’était important pour vous ?
Prendre le temps d’accompagner quelqu’un, est salutaire pour soi. J’ai eu le temps de dire au revoir à ma grand-mère, temps que je n’avais pas eu pour faire mes adieux à mon père. Sa mort a été trop brutale. J’avais 24 ans et j’ai été très triste de cela; le cancer foudroie et ça vous arrache quelqu’un en quelques mois. Mais ma grand-mère a été très généreuse. Elle savait, en ayant perdu son fils, ce qu’on avait vécu. C’était une femme tellement belle. Actrice mais aussi peintre. Elle a toujours respecté l’écran avec une pudeur incroyable. Et elle a eu l’extrême bonté de nous laisser la maison ouverte dans ce moment qu’elle ne voulait pas partager… la vieillesse! Elle était moderne pour son époque, menant sa vie à bras le corps et seule directrice de son destin. Elle nous a laissé à moi et ma famille un exemple unique. Alors oui, pendant deux ans, durant ses deux dernières années de vie, je suis restée près d’elle. Comme une évidence.

« Elle nous a donné une leçon de vie »

Vous et vos frères et soeurs, vous avez vécu ces derniers moments avec votre grand-mère comme un cadeau précieux ?
Au début, elle ne voulait pas qu’on la voit vieillir. Elle ne souhaitait pas nous laisser une mauvaise image d’elle. Même à 80 ans ans, elle dormait avec un crayon bleu et un miroir sous l’oreiller! Au réveil, si elle croisait quelqu’un, elle voulait être parfaite. Et même si c’était la femme de ménage, ses yeux devaient être faits aussi. Du coup, quand elle nous a ouvert ses portes, on s’est dit qu’elle nous faisait le plus beau des cadeaux. Elle lâchait prise mais seulement avec nous, ses petits-enfants. Elle le disait elle-même, c’est le meilleur pour la fin. Elle n’avait plus sa couleur de cheveux, plus ce même éclat… mais avec toute sa générosité, elle nous a fait des confidences sur sa vie privée, nous a donné une leçon de vie. Un jour, elle m’a confié en riant : « Tu comprends maintenant pourquoi avec Gérard (Oury, ndlr) on va enfin dormir ensemble dans la même demeure». Personne ne m’enlèvera ces moments de ma mémoire.
Puis, grâce aux rires, à chaque seconde unique que nous avons partagée, on a commencé à accepter la fatalité : notre grand-mère avait 96 ans et il allait falloir lui dire au revoir.

Votre fils Zoltan est-il au courant que son arrière grand-mère était une légende du cinéma français ?
Oui et il est très fier. Les derniers mots que ma grand-mère a eus pour Zoltan ont été très forts. Elle lui a dit, droit dans les yeux : «Ne change rien, tu es parfait». Comment pourrait-il ne pas être aux anges ? Il part à la conquête de sa vie avec l’aval de la reine mère!

« L’envie d’être grand-mère »

Quels sont vos projets ?
Ma grand-mère m’a dit une chose importante pendant tous ces moments de partage, un conseil que je n’ai pas oublié : «Surtout Sarah, restes à l’écoute, ne te ferme pas». Pour moi, ça a été un coup de pied aux fesses. Depuis sa disparition, je tente de l’écouter. C’est pour cela que je suis ici à Casablanca : la curiosité de voir l’évolution de la mode africaine et l’envie de reprendre doucement le chemin de la mode. Je dois réécrire mon histoire et m’ouvrir aux opportunités.

Quand vous regardez dans le rétroviseur, est-ce que vous avez des regrets ?
On apprend de chaque expérience dans la vie, bonne ou mauvaise. Alors oui, il y a des leçons qui coûtent cher. Mais je pense que j’ai appris de chacune d’entre elles.

Après ces années riches mais difficiles, est-ce que vous avez un voeu ?
Si je voulais être naïve et utopiste, je dirais la paix dans le monde. Mais je n’ai plus 20 ans! Personnellement, j’aimerais être grand-mère. J’ai dans ma vie tellement profité de ma grand-mère et mon fils de la sienne; dans notre famille c’est un rôle très important. C’est certain, ce n’est pas pour tout de suite, j’espère dans 10-15 ans. Une chose est sûre, je m’amuserai beaucoup!

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